Les notes ci-dessous sont tirées des recherches de l'Abbé C. Olivier, Histoire de Thaon-les-Vosges, publié en 1904 en deux volumes (Sections 1-4). Afin de restituer au mieux le contenu de ses recherches et d'éviter une éventuelle altération, le plan initial et les textes ont été recopiés textuellement. (La dédicace, l'avant propos et les pièces justificatives des jugements en vieux français du Chapitre 2.2.9. - Livre 2, Partie 2, pp. 239-311 - seront peut-être mises en ligne à l'avenir)
1.1.
Etude Etymologique
1.2.
Le territoire de Thaon
1.3.
Etude Géologique
1.4.
Période Gallo-Romaine
2.1.1.
Origine et constitution du chapitre de St-Gœry
2.1.2.
Les Abbesses : Seigneurs fonciers de Thaon
2.1.3.
Les Doyennes
2.1.4.
Temporel des Evêques de Metz
2.1.5.
Mainbournie de l'Empereur St-Henri sur Thaon
(Henri II)
2.1.6.
Terres seigneuriales
2.1.7.
Les Evêques de Metz
2.1.8.
Les Seigneurs de Beaufremont
2.1.9.
Evénements militaires au 15e Siècle
2.1.10
Occupation des Troupes Protestantes
2.1.11
Guerre de Trente-Ans
2.1.12
La peste au 16e, au 17e et au 18e siècle
2.2.1.
Droits de l'abbesse à Thaon
2.2.2.
Mairies de Thaon - Impôts
2.2.3.
Les plaids annaux
2.2.4.
Corvées et charrues
2.2.5.
Vaine pâture
2.2.6.
La Moselle à Thaon
2.2.7.
Les Forêts
2.2.8.
La Justice
2.2.9.
Sorcellerie à Thaon
2.3.1.
Cure de Thaon
2.3.2.
La dîme
2.3.3.Temporel
de la Cure
2.3.4.
Eglises
2.3.5.
Chapelles
2.3.6.
Titulaires de la Cure
2.3.7.
Confréries et congrégations
2.3.8.
Episodes miraculeux
3.1.
Nouvelle organisation civile
3.2.
Difficultés administratives avec le Chapitre
3.3.
Vente de biens nationaux
3.4.
Dénonciations calomnieuses contre le maire
3.5.
Difficultés administratives
3.6.
L'instruction
3.7.
Charges militaires
3.8.
Organisation du culte constitutionnel
3.9.
Poursuites judiciaires contre MM. Anthoine et Saint-Mihiel
3.10.
Sous la terreur
3.11.
Un martyr
3.12.
Réorganisation du culte
3.13.
Thaon sous le premier empire
3.14.
Les Alliés à Thaon
4.1.1.
L'agriculture
4.1.2.
Blanchisserie et Teinturie de Thaon
4.1.3.
Oeuvres sociales d'utilité économique
4.1.4.
Oeuvres sociales d'utilité matérielle
4.1.5.
Oeuvres sociales d'utilité morale
4.1.6.
Industries diverses
4.1.7.
Instruction publique
4.1.8.
Administration communale
4.2.1.
Eglise et clergé paroissial
4.2.2.
Abbé Victor Durain
4.2.3.
Confréries
4.2.4.
Oeuvres de piété
4.2.5.
Oeuvres de charité
4.2.6.
Oeuvres d'éducation populaire
4.2.7.
Oeuvres d'instruction primaire libre
4.2.8.
Oeuvre de préservation et de zèle
4.2.9.
Oeuvre de mutualité
4.2.10.
Une fête paroissiale à Thaon
4.2.11.
La religion réformée
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1. Les Origines
Toponymie
Jusqu'alors la science de la toponymie historique avait été bien négligée. Après quelques tentatives plus laborieuses que fructueuses de certains érudits qui s'y étaient égarés faute de méthode, MM. Aug. Longnon et d'Arbois de Jubainville, complétant les remarquables travaux de M. Jules Quicherat en constituèrent enfin la doctrine dans leur enseignement du Collège de France et en montrèrent l’étonnante fécondité.
L'étude de la signification et des transformations des noms de lieu, autrement dit la Toponomastique, s'imposait aux investigations des savants, prenait sa place dans la linguistique générale et en devenait une branche importante.
C'est assez dire qu'une monographie, fit-elle la monographie du moindre de nos villages, doit lui réserver ses premières pages et lui donner toute l’amplitude dont elle est susceptible. La raison en est que la nomenclature géographique ayant souvent survécu aux révolutions qui ont détruit les races, leurs langues et leurs monuments, elle offre au chercheur une véritable mine inexplorée des événements préhistoriques de chaque localité.
Les Thaons - Deux localités seulement portent en France le nom de THAON: Thaon (Calvados) et Thaon (Vosges).
La première, une commune de six à sept cents habitants, située au nord-ouest et dans l’arrondissement de Caen, canton de Creully, se trouve sur la rive gauche de la Mue, affluent de droite de la Seulles.
La similitude absolue des noms de ces deux localités provoquant parfois une fausse direction dans le service des dépêches, le maire, A. Lederlin, obtint pour sa commune la désignation plus précise de Thaon-les-Vosges.
Deux autres petits villages de notre département portent aussi un nom qui, pour n’être pas absolument identique, semble bien avoir la même étymologie. Nous avons nommé le Grand et le Petit Thon dont la réunion forme la commune appelée Les Thons. Cette localité dont la population est de quatre cents habitants est arrosée par la Saône et fait partie du canton de Lamarche, arrondissement de Neufchâteau.
Variantes orthographiques. - Les noms de lieu ayant naturellement subi les mêmes influences que les autres mots de la langue et passé par des transformations analogues, il est nécessaire de donner les variantes du mot Thaon et d'exposer les formes qu’il affecte à travers les âges. En voici une énumération suffisamment complète.
| Années |
Variantes
Orthographiques |
Sources |
| 1003 | Ad Tadonem | Manuscrit de la Bibliothèque d'Epinal |
| 1003 | De Tadone | ibid. |
| 1216 | De Tadone |
Cartulaire
du Chapitre d'Epinal, fol. 33.
(Archives des Vosges). |
| 1297 | Thaon | Cartulaire de Chaumousey V. (Ibid.). |
| 13e Siècle | Thaon | Pièce non datée des Archives des Vosges : G. 191 |
| 1405 | Thaon |
Bibliothèque
nationale.
Pièce citée dans Chapelier, Beaufremont, fol. 74 |
| 1424 | Tawon | Archives de Meurthe & Moselle : B. 10.815. |
| 1440 | Tawon | Ibidem : C. 348. |
| 1444 | Thaon | Document sur l'Histoire des Vosges, Tome III, fol 171 |
| 1456 | Thaon | Archives communales : DD. I. |
| 1476 | Tawon | Documents sur l'Histoire de Thaon, Tome IX, fol 94 |
| 15e Siècle | Thaon | Pièce non daté des Archives des Vosges : G. 205 |
| 1509 | Thaon | Archives de Meurthe & Moselle : B. X5195 |
| 1509 | Thaon | Document sur l'Histoire des Vosges, Tome III fol 202 |
| 1522 | Thaon | Cartulaire du Chapitre d'Epinal : fol. 601 |
| 1522 | Thaon | Archives communales : DD. I. |
| 1574 | Thaon | Archives des Vosges : G. 191.5. |
| 1612 | Thaon | Ibidem. |
| 1645 | Thaon | Archives des Vosges G. 144.19. |
| 1691 | Thaon | Ibidem : G. 140.18. |
| 1699 | Thaon | Archives communales : FF. 2. |
| 1701 | Thaon | Archives des Vosges : G. 140.52. |
| 1707 | Thaon-Thavon | Archives de Meurthe & Moselle : B. 294. |
| 1711 | Tavonum | Pouillé de Toul |
| 1725 | Thaon | Archives communales : DD. 2. |
| 1738 | Thaon |
Déclarations
des communautés.
Archives de Meurthe & Moselle : D. 11738 |
| 1742 | Thaon | Archives communales : DD. 1. |
| 1761 | Thaon | Archives communales : FF. 1. |
| 1790 | Thaon | Ibidem : FF.11. |
| An II | Thaon |
Délibération
du Directoire du District d'Epinal.
Archives des Vosges : L. 5. |
| 1800 | Thaon | Registres de l'Etat Civil. |
| 1850 | Thaon | Ibidem |
| 1900 | Thaon | Ibidem |
|
Patois
actuel
(1904) |
Thowon
ou Thovon |
Le suffixe dans Thaon. - Afin d'approfondir la question, il n'est pas inutile, croyons-nous, de mettre sous les yeux du lecteur l'étymologie de plusieurs villes ou localités dont le suffixe, c'est à dire la terminaison, est identique à celle de Thaon ou comporte la même origine.
| Thaon | Thado. - Manuscrit de la Bibliothèque de la ville d'Epinal. |
| Craon | Cradonium ou Cradonensis vicus - Dictionnaire de Bouillet. |
| Noyon | Noviodunum. - Giry. - Manuel de Diplomatique. |
| Laon | Lugdunum. - Ibidem. - Au moyen âge on trouve Laudunum. |
| Lyon | Lugdunum. - Pline. Tacite. - Lugdunum a aussi donné Leyde, Loudun et Lauzun. |
| Nyon | Noiodunum (Suisse). |
| Caen | Cadomus. Giry. - Manuel de Diplomatique. |
| Rouen | Rodomus et Rotomus, forme existant déjà sous les Mérovingiens. - Ibidem. |
| Autun | Augustodunum. - Ibidem. |
| Verdun | Virdunum. - Ibidem. |
Opinion de Dom Calmet sur le suffixe. - Les tenants du suffixe won dans Thawon pourront nous apporter le témoignage de Dom Calmet au sujet de l'étymologie de Raon-l'étape et Raon-sur-Plaine. Notre savant bénédictin s'en tient, en effet, dans son interprétation au langage populaire Ravon en usage pour ces deux localités et donne l’explication suivante :
"Dans ce pays de montagnes on appelle Rava ou Rowa, Ravon ou Raon ou Ravine, un confluent de deux ruisseaux ou d'un ruisseau et d'une rivière : c'est ainsi que l’on appelle Ravon-sur-Plaine le village où le ruisseau du Donon se jette dans la petite rivière de Plaine ; la Petite-Ravon où le ruisseau de Moussey se jette dans le Rabodo ; Ravon-l’Etape, le confluent de la petite rivière de Plaine et de la Meurthe..."
Nous ferons remarquer que l’interprétation précédente parait au moins hasardée si on la rapproche de celle qui est donnée à Raon-aux-Bois et dont il s'est bien gardé de parler. Son silence s'explique par l’impossibilité de donner à ce village la même origine étymologique, car, si je ne me trompe, il n'y a pas grand confluent de ruisseaux dans cette localité. D'autre part le Pouillé de Toul lui donne pour racine Rapo, datif de Rapum qui signifie à la Rave et qui explique naturellement le v de 13e
Si rapum a pu donner 13e dans le langage usuel, par le changement du p en v, rien d'étonnant alors que le d de Thado ait subi la même altération, surtout dans le patois.
Formation des noms de lieu gallo-romains. - Le suffixe do nous amène à considérer Thaon comme dérivé d'un nom gallo-romain. Or ces sortes de noms se formèrent, d’après M. Giry, de plusieurs manières. Les uns ne sont autres que des mots de la langue commune devenus noms de lieu, comme Confluentes, Conflans; Mansiones, Maisons ; Vicus, Vic, etc...
D'autres sont composés d'un radical latin ou celtique (nom commun ou nom de personne) et d'une terminaison qui est un mot de la langue gauloise. Les principales de ces terminaisons sont : dunum, durum ou dorum, magus, briga.
D'autres noms enfin sont dérivés d'un radical latin auquel s'est ajouté un suffixe qui peut être lui-même d'origine latine ou celtique.
Dans quelle catégorie devrions nous placer Thaon? L'étude du préfixe nous fera choisir de préférence la seconde. Thaon étant formé du radical Tha et de la désinence do, syllabes plus ou moins altérés ou déformés, il s’agit de déterminer la signification probable de chacun des deux constitutifs.
Signification du préfixe. - Avant de nous prononcer sur la signification du radical, rappelons-nous la situation géographique des localités qui portent un nom identique ou similaire : Thaon (Calvados) et Les Thons (Vosges).
Celle-ci, avons-nous dit, est baignée par la Saône, affluent du Rhône ; celle-là, par la Mue. affluent de la Seulles. Or Thaon-les-Vosges comme ses deux homonymes est aussi arrosé par une rivière, la Moselle affluent du Rhin.
Ces trois localités étant situées chacune dans une vallée et offrant une similitude absolue dans leur situation topographique, y aurait-il présomption d'attribuer au radical Tha une origine celtique qui plus tard aurait produit le Thal (vallée) des Germains ?
L'histoire ne nous apprend-elle pas en effet que les tribus voisines des Vosges, Mediomatrici (Metz) et Rauraci (Alsace) étaient des Germains qui vinrent se superposer et fusionner avec les Celtes occupant la région et envahirent tout particulièrement les pays riches, comme la vallée de la Moselle. La langue teutonne s'infiltra donc dans le langage celtique parlé par nos ancêtres les Leuci et y laissa des traces profondes qui subsistèrent pour beaucoup lors de la conquête romaine et formèrent la racine d'un certain nombre de mots.
Ce qui semblerait plus difficile à expliquer, ce serait d'attribuer la même origine étymologique au Thaon du Calvados. Or il Suffit de rappeler les nombreuses invasions des Normands au 9e siècle et la conquête qu'ils firent du duché qui prit leur nom, pour trouver dans ce souvenir l'explication la plus rationnelle.
Interprétation du suffixe. - Ces préliminaires posés, la question touche à sa fin. Voici des vallées qui se présentent à nous comme des génitifs attributifs destinés à préciser, à fixer l'emplacement de certains lieux assez communs de la région indiqués par le suffixe do. Quelle est donc l'origine de ce suffixe et quelle interprétation lui donner ?
D'après ce qui précède, il ne saurait provenir que de dunum, ou de domus, car, dit M. Giry, dans les noms composés celtiques ou gallo-romains terminés par le mot dunum, la désinence um est naturellement tombée et la voyelle accentuée u s'est conservée et tantôt est devenue, suivant les lieux a, i et o. Or dunum, par altération do, signifie en langue gauloise forteresse.
Il est plus rationnel, croyons-nous, de s'en tenir à cette interprétation et de ne pas attribuer au suffixe de Thaon la même origine que celle de Caen, Cadomus et Rouen Rodonus que M. Giry fait dériver de Magus, par altération omaus, omus mot gaulois qui signifie champ.
Si l'on préférait choisir pour Thaon le troisième mode de formation des noms gallo-romains, qui leur attribue un radical et un suffixe latins, il faudrait voir dans la désinence do, Soit l'altération de domus, maison, soit celle de dominus, seigneur, maître. Mais alors quel mot latin aurait pu fournir le radical Tha ? C'est ce qu'il serait assez difficile de préciser, car dans ce cas il faudrait y voir vraisemblablement 1'altération d'un nom de personne, c'est-à-dire d'un gentilice ou d'un cognomen romain.
Conclusion. - N'ayant pu nous arrêter, dans cette étude étymologique de Thaon, au premier mode de formation des noms de lieu gallo-romains, et d'autre part le troisième mode nous mettant dans l'impossibilité de trouver un gentilice capable de fournir le radical Tha, nous en concluons d'après ce qui a été dit que la traduction littérale du mot serait :
Thal (s)-dunum. - La forteresse de la vallée.
Armoiries de
Thaon. - Dans le langage usuel un tavon, ou dans le patois vosgien
un towon est une sorte de grosse mouche à aiguillon connue
en français sous le nom de Thaon. La consonnance identique
de ces mots avec les noms patois ou français de Thaon devait nécessairement
laisser une trace quelconque dans son blason et en faire ce qu'on appelle
des armes parlantes.
| C'est
en effet ce qui a lieu ainsi que l'on peut en juger :
Porte : D'azur, au tawon d'or, ailé d'argent. |
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La Moselle qui le traverse sur un parcours de 14 kilom. arrose Chavelot, Thaon, Girmont, Igney, Vaxoncourt, Châtel et Nomexy. Elle reçoit sur sa droite : 1. le Durbion qui prend sa source au-delà de Sercoeur et tombe à Châtel après un parcours de 14 kilom. - 2. L'Euron qui sort du territoire de Rehaincourt, passe à Damas-aux-Bois et entre dans le département de Meurthe & Moselle pour se jeter dans la Moselle au Nord de Bayon.
L'Avière est le seul affluent de gauche qui arrose le canton de Châtel. Cette rivière sort de l'étang de Bouzey, tristement célèbre par la catastrophe de 1895, entre sur le territoire de Mazelay et de là parcourt 9 kilom. pour arriver à Nomexy, lieu de son confluent.
La superficie générale du canton est de 24.696 Ha.
Aspect du territoire communal. - Thaon est situé à distance presque égale de ses chefs-lieux de canton et d'arrondissement (8 kilom. de Châtel et 9 kilom. d'Epinal), sur la rive gauche de la Moselle au pied d'une falaise d'une dizaine de mètres d'élévation et à une altitude de 304m50.
Son territoire est borné au Nord par Igney et Vaxoncourt, à l'Est par Girmont, au Sud par Chavelot et Domèvre-sur-Avière (Canton d'Epinal), et à l'Ouest par Oncourt. La Moselle le côtoye à droite du Sud au Nord, le séparant de Girmont et de Vaxoncourt ; de plus il est arrosé par le ruisseau de l'Etang et le minuscule ruisselet des Cuivières qui, l'un et l'autre, y prennent leur source et vont se déverser dans la rivière à quelques centaines de mètres plus loin sur le territoire 15e
La route nationale (No. 57) de Metz à Besançon traverse la localité dans toute sa longueur ; elle est rejointe au centre même de la ville par le chemin d'intérêt communal (no.70) de Thaon à 13e enfin, le territoire qui est sillonné 5417 mètres de chemins vicinaux ordinaires et par 19.809 mètres de chemins ruraux reconnus, a toute sa partie Ouest et Sud-Ouest recouverte de forêts domaniales et communales.
Parallèlement à la Moselle et sur la rive gauche ont été tracées les deux grandes voies de transport : Le canal de l'Est et le Chemin de fer de Nancy à Epinal.
Superficie comparée. - La superficie du territoire de Thaon est relativement fort restreinte si on la compare au chiffre de la population actuelle. cet état de choses est d'autant plus frappant si l'on jette un coup d'œil sur certaines localités du canton :
Il ne faut pas oublier que l'accroissement de la population est tout-à-fait accidentel et que, pour l'ancien village d'une population maximum de 450 âmes, on obtient alors une moyenne assez raisonnable, soit 2 Ha 50 par habitant.
Sections cadastrales. - La Moselle sert aujourd'hui de ligne de démarcation entre le territoire de Thaon et ceux de Vaxoncourt et de Girmont. Il n'en était pas de même avant la construction des immenses bâtiments de teinturerie et de blanchisserie que l'on voit se dresser dans la partie Sud comprise entre le canal de l'Est et la rivière. La superficie n'était alors que de 1.104 Ha, ce qui constitue une augmentation de 33 Ha. cédés à Thaon par la commune de Chavelot. L'ancienne ligne de démarcation est indiquée sur le plan général que nous donnons ici, et c'est assez dire que la portion annexée ne figure pas sur le cadastre.
La loi du 15 Septembre 1807 avait prescrit la confection du cadastre parcellaire. Or ce travail, qui dura pour la France continentale jusqu'en 1850, fut exécuté à Thaon dès l'année 1815. Il comprend les cinq sections suivantes :
Section A, dite "La voie d'Oncourt", (Nord-Ouest), comprise entre le chemin d'Oncourt, la route nationale et les territoires d'Igney et Oncourt.
Section B, composée de deux subdivisions, la première (Nord-Est) située entre la route nationale, les territoires d'Igney et de Vaxoncourt, la Moselle et une ligne fictive tirée de l'embranchement du chemin d'Oncourt à la rivière. La seconde, dite La Prairie (Sud-Est), comprenant le reste du territoire, enclavée entre la route nationale et la Moselle.
Section C, dite La Voie d'Ilet, occupant toute la parte centrale et enserrée entre les chemins d'Oncourt et de Perrey.
Section D, dite La Marseille (Sud-Est), comprise entre la Section D, la route nationale et les territoires de Chavelot et de Domèvre-sur-Avière.
Lieux-dits cadastraux. - Il y a une quarantaine d'années, le Ministère de l'Instruction Publique commença à faire exécuter pour chaque département, sous la direction du Comité des travaux historiques, un vaste Dictionnaire topographique de la France, comprenant les noms de lieu anciens et modernes. poursuivie d'abord avec zèle dans certains départements, l'entreprise semble aujourd'hui abandonnée et laissée à l'initiative individuelle ou à celle des sociétés savantes de chaque région.
Cette tâche nous incombait naturellement ; mais, nous devons l'avouer, ce n'est pas sans hésitation que nous nous sommes mis à l'œuvre et que nous avons entrepris ce travail hérissé de difficultés. Les noms des lieux-dits relevés sur le cadastre de Thaon sont quelques fois des plus bizarres par suite des transformations phonétiques qui échappent trop souvent à l'investigateur, et il ne faut pas oublier qu'en raison de la graphique flottante et contradictoire des textes du moyen-âge et des singularités de l'orthographe ainsi que des prétentions étymologiques, chaque nom subi une déformation parfois radicale. L'altération est souvent si complète qu'elle ne se prête à aucune interprétation et résiste à tous les efforts de l'analyse.
Prétendre donner l'explication certaine de tous les noms de lieu du territoire de Thaon serait donc chose insensé ; voilà pourquoi nous nous en tiendrons à celle dont l'origine est pour le moins probable, ne donnant des autres qu'une simple énumération.
Interprétation des noms cadastraux.
Section A, dite la Voie d'Oncourt.
Champs Lanfraumont. - On trouve le même lieu-dit sur le territoire d'Epinal. A Thaon, on ne peut attribuer à ce mot le suffixe latin Mons, montagne, coteau puisque les champs Lanfraumont sont absolument en plaine.
Champs Mourrate. - Mouratte est sans doute le nom d'un ancien ou d'une ancienne propriétaire.
Les Cuvières. - Il est possible que ce nom désigne l'emplacement d'un cimetière gallo-romain d'où l'on aurait extrait jadis nombre de sarcophages de pierre appelés tantôt petites cuves, cuvières, tantôt auges, d'où les noms de Sous les Auges, En bas des auges (cadastre de Nomexy).
Pré du Haton ou Hatou. - L'endroit où l'on battait le chanvre pour en recueillir le grain portait le nom de Hartour d'où Hatou, Hatard, Hata, Haton par suite d'une fausse lecture de Hatou.
Les Brulletés. - Ce nom peut venir de Bruscia, broussailles, ou indiquer seulement un ancien bois brûlé.
La Magney. - Même sens que Le Ménil, Le Magny qui dérivent de Mansio, Mansionile, d'où Mansinile, Masinile, Masgnellun, Magney et qui indiquent un petit domaine avec habitation.
La Voivre.
- Dérivé de Vepria qui indique un lieu humide et
couvert de broussailles.

Gœry. - Nom rappelant sans doute le souvenir de Saint-Gœry et par suite une terre appartenant au Chapitre d'Epinal.
Bois de l'Atre. - Ancien bois défriché. Atre désigne un terrain privé d'eau et exposé au soleil, en sorte que pendant les sécheresses il est brûlé.
Blanc Caillou.
Aux chaines le Loup. - On le trouve aussi orthographié Au chêne le loup : allusion à quelque exploit malfaisant de cet animal.
Champs Lancette. - Ainsi appelés peut-être à cause de leur forme ou d'une lance ou lancette y découverte.
Le Roulé. - Ce mot vient de roué, robbé, diminutif de rupt, ruisseau.
Le Sauté. - racine : Saltellus, petit bois, diminutif de Saltus, forêt.
Les Aulnes l'Arché ou les Aulnes Larché. - Lieu planté d'Aunes et ayant appartenu à un certain Larché.
Au Tront Oiseau.
La Croix Jean d'Arches. - En souvenir de la croix érigée en ce lieu au 16e siècle par un habitant de Thaon nommé Jean d'Arches (maire?)
Champs Pitance. - Nom d'un ancien propriétaire.
La Simon.
Le Noyeux, ou Moyeux.
Sur le Bied Colinmoyeux. - Bied ainsi orthographié désigne un ruisselet ; prononcé Biè signifie un champ de blé ou simplement du blé. Colin est le nom du propriétaire ; il n'en est plus ainsi de Vallatte dans le Noyeux Vallatte ; ce mot vient de Vallatum, petit enclos palissadé.
La Plaine.
Pont de Bouxières ou Boussières. - Pont est ici une anomalie, puisque à cet endroit il n'y a pas de trace de ruisseau ; il provient d'un mot complètement déformé. - Un lieu couvert de buissons s'appelait Buxariæ, d'où Bouxières et Boussières.
Ezy. - Ce mot vient de Es Hières, par abréviation, Es Hi, qui indique des sillons longs et étroits.
Pré de Hafosse. - corruption de Pré à la fosse, c'est-à-dire un ravin court, étroit et encaissée, en nature de pré.
Champ le Saint.
Hérita.
Fontaine la Chatte. - Chatte vient de Xatte qui dérive lui-même de Xart, Essart. La fontaine en question se trouve donc sur l'emplacement d'un ancien bois défriché.
Le Raöté. - Du mot rouohhé qui a donné Rouaux et indique un terrain à pente forte, raviné et accidenté.
Cabiné.
Entre les deux chemins.
Sur et sous la Voie Thaon-les-Vosges
Pré Jean Gromant. - C'est le nom d'un ancien maire de Thaon qui fut une des victimes de l'empoisonneur Mozel dont nous parlerons plus loin.
Section B. - 1ère subdivision.
Les Saussies. - Lieu planté de petites sauces ou saules.
les Sausses Vaney. - Vaney est le nom du propriétaire.
Le Brasseu ou Bresseu. - De Bruscia, lieu rempli de broussailles.
Ez deux de Renard. - En patois deux ou deu signifie tanière, ce qui donne A la tanière de Renard.
La gayère ou gagière. - La gagière était anciennement un terrain donné en gage et à réachat comme caution d'un emprunt ou d'un contrat quelconque.
Landrexard. - Vient de l'ancien mot landre, clôture et xard, essartement, d'où lieu essarté et entouré de landres.
Pré Franças. - Franças est peut-être un nom de propriétaire ou le patois de Français.
La basse claude Thaon-les-Vosges - La basse St. Jean. - La basse le valez. - La basse des laisse.
- La basse
Georgette. - La basse. - Basse vient de Bessa ou baissa
et
désigne un lieu bas et marécageux. Et c'est bien le
cas ici, puisque tous ces lieux-dits sont le long du ruisseau de l'Etang.

La Corée. - vient de Corylus, coudrier, en patois, corre, d'où Corée, lieu planté de coudriers.
La Ronce.
La borde d'Igney. - On désignait ainsi l'emplacement d'une ancienne ladrerie ou simplement la hutte d'un lépreux. Quelquefois aussi on appelait borde une maisonnette de pâtre, de bûcheron, aujourd'hui vulgairement dénommé Bacchu.
La Hallebarde. - Corruption de A la Borde, d'où A la barde, A l'harde, Albarde, Halbarde.
Le Haut des Cartés. - En supprimant la syncope qui s'est introduite dans ce nom de lieu, on a le Haut des écartés, c'est-à-dire le territoire qui surmontait les huttes des lépreux ou des écartés du reste de la société.
Champs de l'Aulée. - Champs de l'allée ou petit chemin qui conduisait qui conduisait à la léproserie.
Le Saint Suaire. - Altération de Sansure qui, pris pour un mot patois fut traduit en français par Saint Suaire ; or sansure vient de saulsure qui a lui-même pour racine salicetum lieu planté de saules.
Les Saules de la Prairie.
Les Paquis. - Le Grand Paquis. - Le Rond Paquis. - Les Paquis ou Patis sont habituellement des terrains communaux destinés au pâturage.
La Turquie. - Ce nom proviendrait peut-être d'un lieu planté de blé de Turquie, c'est-à-dire de maïs.
Les Elieux.
Le grand Pied du bas de Mougel. - Mis pour le Grand Bied du bas de Mougel, autrement dit le grand ruisseau d'un terrain encaissé et appartenant au nommé Mougel.
Au bas de Mougel.
Sous le bas de la Raye.
La grande et la petite Ponta. - Lecture défectueuse de Pauta, Pota, qui désigne un trou ou un étranglement de terrain comme dans les noms Frapota, Fraisperthuis, Maupota, Monpautet.
Les Falaères. - Les Falaères, falères, falières désignent des lieux remplis de fougères.
Le grand Vendredi.
La Croisette. - Emplacement d'une petite croix.
Le Void de la Rose. - Vadum, void, indique un gué sur le ruisseau de l'étang.
Au Fond. - Le Sureau. - La Grande Chénevière.
La Tannerie. - Emplacement d'une ancienne tannerie.
Le Poirier Claude Michel. - Le Poirier Brice.
La Croix Clilippe. - On trouve aussi la Croix Philippe.
Section 2 - 2ème subdivision. - La Prairie
Le Jay.
Le Village.
Le Petit Sancy. - Pour le Petit Saucy, lieu couvert de Saules ou Sauces.
Les Grands Jardins.
Pré Coignot. - Le Coignot. - Le petit coin.
Pré Thouvenot. - Nom d'un ancien propriétaire.
Sous Paillé.
- Paillé vient de palus, terrain marécageux.

Section
C. - La Marseille

La Marseille. - Dérivé de Marceriole, vieilles masures.
La Folie. - On appelait Folie une maison de campagne encadrée de verdure, ou simplement un petit bosquet. Racine : Folium, feuille, folie, feuillée.
L'Etang. - Sur l'Etang. - Paquis de l'Etang.
Le bas des Voyes. - Le bas des chemins.
Le rupt de cluie. - Le ruisseau de Cluie.
Derrière la ville. - Ville vient de Villa, domaine rural plus ou moins vaste comprenant un groupe de population agricole qui devient l'origine du village.
Village. - Emplacement de l'ancienne Villa.
La Charade. - Sue la Charade.
Golsypré.
Grohaumont.
La Chaire le Loup.
Ezirmontant. - Altération de Ez Hières montant, d'où Ez hir montant, autrement dit au montant des longs et étroits sillons.
Sur Seinecieux. - Ce mot vient de Sensieux, Censieux, Cens, revenu seigneurial annuel ou tribut produit par un héritage mouvant d'une seigneurie directe. Au XIIe siècle, les cens se payent en argent, en grains et en vins. Le cens était alors le signe seigneurial dont on frappait la terre : il était peu élevé, mais c'était l'attache qui constatait l'origine du domaine et sa dépendance du seigneur auquel il était payé. Les nobles qui possèdent beaucoup des terres censables, les donnent aux monastères, les ascensent moyennant six deniers l'arpent, rendent et échangent les cens et les donnent même en fief.
La côte. - Sous la côte.
Champ Girardin.
Garoy.
Le Capitaine Lambert. - Ce nom rappelle sans doute le souvenir d'un camp posé à cet endroit par un certain Capitaine Lambert, ou la mort y trouvée par celui-ci dans un combat.
Girmoule. Sur Girmoule. - Vient de Gœrici Moles, Roche de Saint-Gœry, comme Girmont vient de Gœrici Mons, coteau de Saint-Gœry.
Joli Bois.
Les Rouaux. - Sous les Rouaux. - Les Rouaux sont des terrains à forte pente, ravinés et accidentés.
Section D - La Voie d'Ilet.
Sur et sous la Voie Thaon-les-Vosges
Sous la Voie d'Ilet. - Nous parlerons plus loin de cette voie.
La Corvée. - Le mot indique suffisamment le sens de ce lieu-dit : c'est là que les habitants de Thaon faisaient les travaux en nature dus aux seigneurs.
Les Grands Champs de la Chenau. - La Petite Chenau. - Sous et sur la Chenau. - Au travers la Roye la Chenau. - Chenal ou Chenau désignait jadis une petite avenue conduisant à une voie plus importante ou à un carrefour. C'est dans ces parages d'ailleurs que se trouvait la concentration de deux voies romaines.
La Chènezière. - Mot provenant de Chêne ez hières, c'est-à-dire chêne près des hières, chêne près des longs sillons.
Sur le petit
devoir.

Pré vaxadette.
Les Froids Champs.
Le et sous le Poirier Grandemange.
La Maix Gigney. - Pré devant les Maix. - Devant les Maix. - Un Maix ou Meix, en patois moué, moé, mé, est un petit domaine, un champ, un jardin. Maix vient du celtique Maes, Champ, qui a donné son nom à Manse.
Les et sur les Etalons. - Ce mot rappelle un chemin antique et vient de Estai, du latin Strata, qui donne Es trata, Estra, Esta, Eta, Etalon est un diminutif. D'ailleurs le petit col qui sépare les ballons d'Alsace et de Servanee et par lequel passe le chemin de Saint-Maurice à Placher-les-Mines s'appelle Estalon, Stalon.
Taillefosse. - Mis pour Taye-fosse ou fosse du vieux chemin.
Champs la Jotte.
Nez-Labarde. - Vient de New-la borde, c'est-à-dire la neuve borde ou ladrerie.
Sous lochepomme. - Mis pour Loge Pomme, la Loge au pommier, ce nom désignerait la borde précédente.
Le Rouge Poirier.
Bois de la Seinecieux. - Trout de la Seinecieux. - Sur et Sous la Seinecieux. Nous avons expliqué ce nom parmi ceux de la Section C.
Pré Balard.
Les Blanches Terres.
Les Trois Fourchettes.
Champs Chandatte.
La Samson. Altération de Samsau, Censau, Petite Cense.
Nauromont. - Doit dériver de Naurmont, Noirmont.
Pré et sur les Prés Marguiton. - Marguitte ou Marguiton vient de Margueritte.
La Tranchée Thaon-les-Vosges
Les Neufs Champs. - Champs nouvellement défrichés.
La Grande Coubrique.
Gohey.
Champs Benay.
La Fouillie. - Pré et champ de la Fouillie. - La Fouillie est une portion de bois abbatue à blanc étoc et qu'on laisse repousser. La racine de ce mot vient comme celle de Feys de Fagus, faiacus, hêtre, bois feuillu.
Les Thuillons. - Champ rempli de Tuiles.
Anciens lieux-dits.
Nous complétons ce chapitre par l'énumération de quelques autres lieux-dits relevés ici et là dans les différentes pièces des archives et dont les noms ont été oubliés de la population au moment de l'établissement du cadastre. Nous les disposerons par ordre de date.
13e Siècle. - Saint Martin Fontenne. - 1725. - Martin Fontaine. - On peut être surpris de voir ici le nom de Saint-Martin, attribué à une fontaine. Cependant si l'on jette un coup d'œil sur la région, on constate qu'elle a conservé de nombreux souvenirs. Les Dommatrin abondent, nombre de lieux-dits sont appelés Saint-Martin et attestent sinon un séjour prolongé du saint dans la région, du moins son passage bienfaisant signalé par une multitude de miracles.
Ce qui est plus intéressant pour le pays qui nous occupe, c'est que le nom de l'apôtre des Gaules attribué à l'une des sources du territoire désignait aussi un village voisin aujourd'hui, complètement disparu. Cet ancien village, Dommartin (Dominus Martinus), situé sur la rive droite de la Moselle, en face de Thaon et non loin de Girmont, avait son église et une chapelle dédiées au grand thaumaturge.
A quelle époque disparut-il ? C'est ce que l'histoire ne peut guère préciser. Il est néanmoins certain que la destruction fut postérieure à l'an 1003, puisque à cette date l'empereur Saint-Henri gratifie le chapitre d'Epinal des revenus de l'église et de la chapelle de Dommartin.
Après la catastrophe qui l'emporta, le village ne se releva pas de ses ruines ; cependant les chanoinesses n'abandonnèrent pas leurs pauvres sujets, elles leur vinrent en aide et leur offrirent de quoi reconstruire leurs maisons et leur église. Mais le nouveau village ne s'éleva pas sur les ruines de l'ancien, il se rapprocha de la Moselle et couronna la falaise qui domine cette rivière en face de Thaon. On lui donna le nom de Gœrici Mons, plus tard Girmont, en souvenir du patron de ses fondatrices. Quant à l'emplacement de l'ancien village, il est encore aujourd'hui connu sous le nom de Dommartin. Nous aurons d'ailleurs l'occasion d'en reparler plus loin.
Poixaul de Wiherey. - De même que Par ici se traduit en patois par Poi xy, Poi chi l'x se prononçant comme ch, de même aussi il faut voir dans Poixaul la signification de Par le hault, ce qui donnerait Par le haut de Wiherey. Si l'on donne à Wiherey la même étymologie que Wicherey qui vient, ou bien de vicus, village, suivi du suffixe celtique acus ey, ou encore de vicus regius, on arrive à traduire Poxaul de Wiherey Par le haut du village.
Chavireus Weil. - Chavireus vient de Chevieule, Hhevieule, terrain à pente rapide et raviné par les eaux. Si Weil n'est pas un nom de propriétaire, il aurait pour origine le mot patois Veil, vieux, d'où la signification vieux ravin.
Chaussée de Pontoy. - cette chaussée parait être une vieille route romaine.
Vaichin. - Ce mot vient probablement de Veï, veil, vieux et chin, chien, d'où Vieux Chien.
1522. - Rapaille d'Aulcourt. - Le mot Rapailles désigne des bois et des terrains broussailleux. D'autre part Aulcourt est formée de Hault et de Curtis, curtille, canton de terre.
1574. - Buisson St-Gris. - On le trouve encore en 1613. Or St-Gris est l'altération de Thaon-les-Vosges qui paraît en 1595 et en 1729 sous la dénomination de Buisson Thaon-les-Vosges
1595. - La Haute Forêt.
1596. - Bois le Duc Alias St-Pierre. - Bois le duc, autrement dit Bois St-Pierre.
1607. - Ermitage de St-Antoine de Paillé. - En 1729 on trouve Chapelle dit Paillé ; dit est une altération de du ou de, d'où Chapelle du Paillé, Chapelle du Marais.
Bois des communailles. - Bois où la commune avait le droit d'affouage.
1613. - La Noue. - Ce nom désigne une prairie humide. On rencontre encore en 1729 le Canton de la Noue.
Blanche-Eau.
1630. - Buisson Beaulchêne. - Buisson ou Bois (car buisson a encore ce dernier sens) du beau chêne.
1681. - Le Jeune Bois.
La Coste.
La Goutte Meslé. - Une Goutte, de Gotta, ruisseau, torrent, est un ruisselet très souvent desséché en été.
1700. - Rupx de Corbez. - Rocher des Corbeaux, rupx venant du latin rupes et Corbez étant le Patois de corbeau
Les Penses dit devant Baudémont. - Dit est mis pour di ou mieux du : Les penses du devant Baudémont. On trouve un Baudimont sur le territoire de Saulxures-sur-Moselotte. la forme Beau, bel, bé, est employée, ou bien dans le sens de grand, étendu, ou dans celui de beau, joli. Plusieurs lieux-dits qui dérivent de cette racine doivent aussi leur nom à l'ancien culte de Belen, le dieu soleil gaulois adoré sur les sommets. Les Penses de Pansus, étendu, déployé, indique une plaine assez vaste située au pied Du devant du Bel du Mont. - En 1738, on trouve La Panse.
La Haie des Chenets. - Haie est surtout synonyme de bois et signifierait ici Le Bois aux Petits Chênes.
La Rapaille Lassanceau. - Lassanceau a donné La Samson sur le cadastre.
Le Soché. - Le ruisseau de l'étang y prend sa source. Racine : Saxosus, terrain rocailleux, Saxum, rocher.
1708. - Veleveux taquel. Mis sans doute pour Vers le vieux Tacquel.
Moyaux.
Douaire du Noyeux.
Ez Queniers.
On vau de Mougel. - on est souvent employé dans le Patois pour au. Vau indique une petite vallée ou un éboulement de terre, un ravinage provoqué par des pluies.
La chèvre le loup. - Allusion probable à quelque exploit de ce malfaisant animal.
Poirier fourchu.
Grand chemin.
1710. - Le Paquis du Clocher. - Sous le Clocher. - Territoire situé entre l'emplacement de l'ancienne église et la Moselle.
1721. - Morte de la Valhine. - Une morte est petite pièce d'eau sans écoulement formée par l'ancien lit d'une rivière.
1729. - Champ Baudrel.
Bois bannit. - Bois mis en ban, en réserve.
Chorbois. - Mis pour Xorbois, Xarbois, Bois essarté.
Chemin des Pavés. - Ancienne route romaine.
1739. - les Maisons Brûlées. - Une partie du village était devenue la proie des flammes quelques années auparavant.
A la Rue. - Lieu-dit situé dans le village.
Pré le taureau.- Pré affecté à la nourriture du taureau communal.
Le rang paillé. - Un Rang ou Reng désigne un coteau à pente rapide et correspondant au Patois Ren ou Roné.
Brochure géologico-agronomique - Ce chapitre n'est que le complément naturel du précédent.Après avoir joui avec le lecteur d'une promenade agrémentée de souvenirs archéologiques et essayé de faire revivre pour tous les bons Thaonnais le passé le plus mystérieux de leur histoire par l'évocation d'un grand nombre des lieux-dits de leur commune, il ne sera pas sans intérêt de leur faire connaître en quelques mots la composition géologique du sol qui les vus naître ou leur offre une généreuse hospitalité.
Notre tâche est d'autant plus facile qu'il nous suffit de recueillir les fruits d'un travail sérieux renfermés dans une brochure in -16 de 90 pages intitulée : Notions Générales d'Agriculture pour servir à l'étude de la carte Agronomique du Canton de Châtel-sur-Moselle, publiées en collaboration par A. Lederlin, Maire de Thaon-les-Vosges, Vice-Président de la Société de Girecourt, et R. Jaugeon, Professeur à l'Ecole Supérieure de Thaon. - Rambervillers 1899.
Les deux cartes que nous donnons sont le complément aussi agréable que nécessaire de la brochure susdite et sont l'œuvre des mêmes auteurs.
Aspect géologique du canton. - La couche géologique fondamentale du canton de Châtel-sur-Moselle est le Muschelkalk, émergeant sur une étendue que l'on peut évaluer aux 14/20 de la superficie totale et laissant percer quelques traces de Muschelkalk inférieur.
Les marnes irrisées surmontent en quelques rares endroits le terrain précédent (1/20 environ) ; enfin le limon de plateaux occupe une plus grande superficie et couvre un certain nombre de sommets (3/20 environ de la superficie totale.)
Quant aux alluvions anciennes ou modernes, on les trouve naturellement dans toute l'étendue de la vallée de la Moselle, et sur une partie de l'Avière (2/20 environ).
Le limon de plateaux se fait surtout remarquer au-dessus des coteaux boisés ou récemment défrichés qui brodent la Moselle sur ses deux rives. Lorsqu'il apparaît ailleurs, c'est toujours aussi au sein des forêts, v. g. le bois St-Pierre (Domèvre-sur-Durbion et Bayecourt), les Grands Bois (Badménil), le Bois des Fiefs (Zincourt), le Bois des Vreux (Hadigny), le Bois le Renard (Moriville), le Saint des Bois (Frizon), le Bois du Grand Feys (Mazeley).
Les alluvions anciennes forment une languette plus ou moins étroite partant de la Marseille (Thaon) et suivant la rive gauche de la Moselle pour aboutir au confluent de l'Avière. Une masse plus compacte de ce terrain occupe le Nord du canton et comprend les vastes forêts qui s'étendent au-dessus des communes de Moriville et de Portieux.
Résultat
d'analyses faites au laboratoire agricole départemental à
Epinal sur les terres du canton de Châtel.
|
Couches
géologiques |
Communes | Lieux-dits | Cailloux gros sable | Terre fine | Azote |
Acide
Phosphorique |
Potasse | Chaux | Magnésie | Acide sulfurique | Alumine oxyde de fer |
| Limon des plateaux |
Domèvre
-sur- Durbion |
Launoy | 128 | 872 | 1.58 | 4.75 | 3.09 | 59.35 | 0.75 | Traces | 68.19 |
|
Muschelkalk
Supérieur |
Moriville |
Chaque-
ruche |
31 | 969 | 1.99 | 0.92 | 4.90 | 21.62 | 2.31 | Traces | 316.90 |
| ~ | Badménil |
Ban
St-Pierre |
48 | 952 | 1.33 | 0.50 | 3.82 | 20.52 | 2.20 | 0.10 | 188.64 |
| ~ | Pallegney | Devant les Fiefs | 11 | 989 | 0.50 | 1.55 | 5.94 | 12.64 | 2.04 | 0.18 | 183.84 |
| ~ | Oncourt | Champs Montants | 442 | 958 | 1.24 | 1.15 | 3.30 | 15.44 | 2.10 | 0.11 | 191.36 |
| ~ | Rehaincourt | A la Proye | 33 | 967 | 3.86 | 2.12 | 5.51 | 47.36 | 0.58 | 0.09 | 193.74 |
|
Muschelkalk
Inférieur |
Nomexy | Au Haut | 100 | 900 | 0.48 | 1.23 | 3.27 | 63.97 | 0.77 | Traces | 170.99 |
| ~ | Chavelot |
Gueme
-laine |
92 | 908 | 1.99 | 0.85 | 3.13 | 4.80 | 0.63 | 0.79 | 208.00 |
| ~ | Villoncourt |
Pré
Labelle |
60 | 940 | 1.59 | 0.10 | 5.11 | 16.05 | 0.41 | 0.57 | 332.35 |
| Marnes Irisées | Mazeley | Onzey | 7 | 99.3 | 1.19 | 0.41 | 5.30 | 7.81 | 0.63 | Traces | 576.50 |
| ~ | Haillainville |
Rehen-
venove |
20 | 980 | 1.73 | 0.42 | 5.23 | 48.40 | 2.12 | 0.45 | 501.72 |
| Alluvions Modernes | Girmont | La Vihine | 71 | 929 | 2.15 | 1.54 | 2.34 | 6.82 | 0.78 | 0.02 | 894.38 |
Géologie du territoire communal. - Alors que le territoire des autres communes du canton ne comprend guère que trois, deux, ou même une seule formation géologique bien distincte, celui de Thon (Thaon) réunit les cinq couches dont il a été question.
Résultat
d'analyses faîtes à la station agronomique de l'Est à
Nancy sur les terres de la commune de Thaon.
|
Couches
géologiques |
Lieux-dits | Cailloux gros sable | Terre fine | Azote | Acide Phosphorique | Potasse | Chaux | Magnésie | Acide sulfurique | Alumine oxyde de fer |
| Limon des Plateaux | La Côte | 191 | 809 | 0.88 | 0.63 | 0.92 | 0.90 | 0.25 | 0.05 | 36.00 |
| muschelkalk Supérieur | Ezir Montant | 46 | 954 | 0.91 | 0.82 | 0.73 | 0.60 | 0.25 | 0.09 | 37.50 |
| ~ | Fontaine La Chatte | 115 | 885 | 1.19 | 1.57 | 1.70 | 1.10 | 0.40 | 0.05 | 64.00 |
| muschelkalk Inférieur | Champ Gérard | 94 | 906 | 1.49 | 0.85 | 2.63 | 5.90 | 0.63 | 0.79 | 207.92 |
| Alluvions Anciennes | Haie des Laisses | 99 | 901 | 1.67 | 1.70 | 0.98 | 0.60 | 0.25 | 0.44 | 44.00 |
| ~ | Champ Pitance | 195 | 805 | 1.65 | 1.65 | 0.93 | 1.50 | 0.20 | 0.44 | 40.50 |
| ~ | Noyeux Vallatte | 340 | 660 | 1.86 | 1.94 | 0.81 | 0.60 | 0.20 | 0.36 | 44.50 |
| ~ | Les Noyeux | 3 | 997 | 11.56 | 0.88 | 1.07 | 1.20 | 0.30 | 1.75 | 14 |
| Alluvions Modernes | Motte de terre | 44 | 956 | 1.44 | 1.03 | 0.97 | 1.10 | 0.40 | 0.43 | 33.50 |
Les Leuques - l'histoire a conservé quelque souvenir des différentes peuplades établies en Gaule bien avant l'arrivée des Romains. De ces tribus nomades, celle qui s'arrêta sur les cours supérieurs de la Meurthe. de la Moselle et de la Meuse était connue sous le nom de Leuques. Le territoire où elle s'établit était borné au Nord, par les Médiomatrices ; A l'Est, par les Triboques et Rauraques ; au Sud, par les Séquanais et les Lingons ; à l'Ouest, par les Tricasses.
Celui de Thaon en faisait donc partie, mais nous devons ajouter qu'on ne peut y relever aucune trace de son passage. Il n'en est pas de même des territoires environnants ou ces traces se retrouvent en grande quantité sous la forme d'excavations semées çà et là dans les forêts de Badménil, Hadigny, Châtel, Nomexy, Igney, ect... et qui sont connues sous les noms de Mares, Mardelles, Mares des Payens.
Occupation pacifique des Romains. - La nécessité pour certaines tribus gauloises de se créer des protecteurs face aux invasions menaçantes allait attirer l'intervention des Romains.
L'an 58 avant l'ère chrétienne, une horde Germanique commandée par